La fissure silencieuse

Quelle est la chose la plus osée que vous ayez faite dans votre vie?

C’est la question que je me pose dans le livre que j’écris sur mes ancêtres.

Je tente d’y répondre à l’aide:

– d’une image sur un de mes ancêtres

– d’une petite biographie qui décrit son audace

– d’un texte littéraire, écrit à la main et illustré qui raconte cette histoire d’une manière plus universelle et capricieuse.

Ensuite je raconte une anecdote de ma propre vie en suivant la même structure. Je mets une image, une petite histoire et un texte littéraire plus philosophique en relation avec l’audace de mon ancêtre.

felipecrackup

* Bien évidemment, toute vie est un processus de démolition   

Bien sûr que beaucoup de choses sont arrivées: la guerre, la faillite financière, un certain vieillissement, la dépression, la maladie, la perte du talent… Mais tous ces accidents ont déjà produit leurs effets en leur temps; et ils ne se suffiraient pas à eux-mêmes s’ils ne sapaient, ni creusaient quelque chose d’autre nature: la fissure silencieuse. 

Cette page sur mes grand-parents maternels montre un texte de Scott Fitzgerald sur la fissure silencieuse: un agent infatigable qui démolit, au début du vingtième siècle, la vie de l’écrivain et de mes ancêtres: tous  ont opposé une émouvante dignité à cette force. De sorte que leur principale hardiesse ait été de mourir et d’accepter la cochonnerie de la mort.

Quand j’ai voulu trouver un sens à ma vie et que j’ai dû décider si “Bien évidemment, toute vie est un processus de démolition” ou pas, ma réponse a été: “La fissure silencieuse”: un triptyque à l’encre de Chine sur trois nappes péruviennes imprimées.

Le première toile s’intitule La fissure silencieuse. C’est une ligne de la même épaisseur que la grosse ligne de l’imprimé des Indiens Ashanincas du Pérou, et qui est faite à l’aide de petits carrés noirs et de petits carrés vides. Elle ouvre un chemin entre les lignes de l’imprimé pour former une fissure ou une craquelure.

grieta1

Dans la deuxième toile – qui est aussi la toile centrale – on peut lire: La vie est-elle un processus de démolition? Une fille, qui est train de manger une pomme, répond: “laisse tomber”. Une autre fille, qui pourrait être la même, mange aussi une pomme et a l’air d’avoir envie de faire pipi. Elle précise: “la vie est plutôt un processus de connaissance”. La ligne du contour est de la même largeur que la grosse ligne de l’imprimé ashaninca tandis que les lignes du volume imitent les méandres des lignes secondaires. Le dessin va ainsi visuellement s’entremêler avec l’imprimé.

grieta2

La troisième et dernière toile développe un imprimé de textes qui disent alternativement en français et en espagnol: Mafia de l’Amour-Tyrannie de la connaissance. La ligne est ici de la même largeur et couleur que la grosse ligne de l’imprimé.

grieta3

grietavista